EXTRAITS DE ROMANS

Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 18:36

LES SOIREES MONDAINES.


J’aime ces soirées mondaines remplies de monde, gens tout sauf moches: divas légendaires aux airs de France Roche / Lily Rush. Jolies donzelles ayant (sans doute) raté le coche, celui qui vous coche ou vous décoche d’une seule case, celle de la célébrité…

 

Leurs cavaliers ? Excellents en Guy Laroche, mais parfois efféminés : maillots serrés (façon Rocheteau 76), boutons de manchettes à deux sous, achetés avec les sous du bandit manchot. Yeux rivés sur les belles, si étincelantes en Rimmel / Rykiel…

 

Et moi. Beau gosse, haleine fluorée comme un baba friqué en Floride ; fringant, clinquant, craquant. Flambeur, ma montre stainless steel / water resistant au poignet. Ca le fait. Je le fais, avec classe, avec style, toujours habile, comme un Kabyle.

 

Feu Remington Steele à présent, elles ne résistent pas, elles ne me résistent plus. Oui, je crois que je suis irrésistible.

 

- Ouais, mais gonfle pas tes chevilles si vite ! M’avertit Haddad, sobrement, avant que je ne cède à l’ivresse de l’orgueil.

 

Et Serge, tout émoustillé de se trouver là, me regarde en esquissant un sourire, lui, sapé comme le président du Conseil.

 

- T’as vu ça, Mam’dou ? Toutes les gonzesses pour toi, et toute la boisson pour moi, d’accord ? ose t-il.

 

Dans l’imprévu je me désiste. Il insiste, persiste, puis je ne résiste. Plus. Je me sens comme un petit garçon, devant toutes ces femmes à la chevelure volcanique, si passionnées, mais si passionnantes en fin de compte, aux petits visages et aux rides minces.

 

Nathalie Rheims ? Nan, Svetlana et son nouveau brushing.

 

Je fais cas sur la Vodka, fais l’andouille sur le jus, puis fais l’impasse sur le vin, certes, mais pas sur cette jeune beauté aux douces allures d’Alvina, brune élancée aussi fine que la Shrimp, au bon vieux temps du Swinging London…

 

- Je m’appelle Anicée ! m’avoue t-elle, avec le sourire narquois d’une fille que j’aurais bien connue au lycée.

 

« Elle aurait plu à Tony Montana», me dis-je sur l’instant.

 

Des questions s’imposent, puis se mélangent à mes pensées impromptues : Aurait-il été prêt à soulever des montagnes pour elle, du Colorado au Montana ? Juste pour elle, qui écoute du Hannah Montana en boucle ? Et à renoncer à ses costards costauds, pour finir par porter du Best Montana?

 

Pas si sûr. Mais puisqu’il est permis de rêver ce soir, place aux festivités !

 

(…)

 

Ambiance ? Limite porno. Avec des gens, limite prolos… Venus ici, dans cette jungle, ce pari mutuel (où vous misez sur votre carrière en fin de compte), avec un seul prono : trouver un producteur, pour rentabiliser le phono. Et pas qu’un peu ! Car tout le monde veut sa part du gâteau, au final. Mais le temps se gâte pour les faux. Il en restera peu, au final (j’en ai déjà conscience).

 

 J’exige à rentrer : Serge et Haddad me regardent de travers, sans doute pour me faire comprendre que je suis ici pour me montrer, avant tout.

 

- Si ça s’ trouve la femme de ta vie se trouve ici ! ose encore Serge, moi étonné de le découvrir si naïf.

 

Trouver l’amour, parmi toutes ces starlettes épanchées, qui me crient sans cesse :

« ¡ Mírame, mi amor ! » ;  rêvant de gloire, prêtes à vendre l’amour comme un mirage, la passion comme un virage… Maudites Aphrodites, comme Sorvino Mira…

 

Quand une fille, mince, blonde sauvage Efira s’approcha de moi. Pas grande comme une girafe ou comme Sophie, cheveux longs, comme Hélène Vida regard noir, comme Hélène Devynck / Rollès somptueuse. Luxueuse comme une Rolex. Miss Rolls Royce, perdue entre Seigner et Sagnier, sorte de princesse priceless que j’appréciais déjà…

 

Puis j’en perds ma grammaire.

 

- Je m’appelle Blanche, m’avoue t’elle, dans un souffle presque alambiqué.

 

Je la regarde, comme je n’avais plus que ça à faire. L’admire, comme l’homme qui rêve déjà d’être son futur compagnon, voire l’ex-homme de sa vie. Mais son amant éternel…Elle m’a déjà conquise, l’as de trèfle qui pique mon cœur…elle m’inspire, puis m’aspire. Je suis dans ses filets. Elle a les yeux Glock, pour ne pas dire révolver. Neuf millimètres près d’elle, et elle a déjà réussi à m’enlever mes pensées, que je trouvais si glauques en fin de compte.

 

Sans rechigner je dégaine mon Bic ; elle prend ma main, y caresse son zéro-six sur la paume de ma main, en prenant soin de ne pas égratigner la ligne de chance, comme pour préserver le bonheur de nos futures amours. Perspicace.

 

- A un de ces quatre ! Me dit-elle, avant de se retirer, si théâtrale en fin de compte. Et moi de la contempler de loin, ébahi, avec des airs de Tancrède, lorsqu’il croisa le regard de Sedara pour la première fois. Je suis Delon, elle est Cardinale. Jusqu’à ce qu’ Haddad me lança un regard de guépard. Lui du coup si jaloux, mélodramatique, au cœur de verre comme Segara Hélène.

 

Mais elle est déjà loin, « sans doute égarée en pensant trop à moi », pensais-je.

 

« Je vous aime, adieu » ? Nan nan, pas ce soir !

 

- C’est bon, on peut rentrer ? me lança Haddad.

 

Karim TOUNKARA, 2009.

 

 

Par Karim TOUNKARA - Publié dans : EXTRAITS DE ROMANS - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 18:19

PREMIER CONTACT

par Karim Tounkara

 

Branle-bas de combat, au 7 quai Friedland (Paris, 75015). Voilà ce qui débordait les hôtesses, en ce radieux matin de mi-septembre. Hôtesses, qui ne savaient remarquablement plus du tout où donner de la tête, entre les potins du tabloïd (qui venait de leur apprendre que Brad Pitt était de nouveau célibataire) et la multitude de numéros à composer. De plus, indiquer tel ou tel endroit n’était pas chose simple, tant la tour était gigantesque…

 

Parmi les cameramen, les preneurs de son, et les journalistes-reporters d’images, se distinguait un jeune homme, fluet, lunettes rondes et plates comme des pièces, vraisemblablement hypnotisé par les écrans plasma. Son regard juvénile semblait indiquer qu’il était dans un autre monde, ce qui justifiait sa façon de contempler les lieux comme un gamin de huit ans. Un peu plus, et on aurait dit qu’il se croyait à Disneyland.

 

- Monsieur, puis-je vous aider ?

 

Il reprit brutalement ses esprits.

 

- Euh…oui. J’ai rendez-vous avec…Patrick Touret !

- D’accord. Vous êtes ?

- Euh…Kévin Munsterheim.

- J’aurais besoin d’une pièce d’identité, s’il vous plait !

 

Sa main droite, maigrelette, glissa dans la poche de son large treillis, pour en ressortir avec une carte d’identité, tellement détériorée qu’elle semblait d’antan.

 

- Très bien, lui dit l’hôtesse. Quel est l’objet de votre visite ?

 

Troublé par son regard agate, Kévin eut la courte impression de se trouver devant son héroïne préférée.

 

- Euh…je…c’est pour un stage, répondit-il, la voix grelottante.

- Et c’est dans quelle unité ?

- Pardon ?

- C’est à quel niveau ? Montage, Cadrage…

- J’en sais rien, moi ! lui répondit sèchement Kévin.

- Très bien.

 

Tel un détective, elle ausculta sa pauvre carte d’identité, avant de laisser ses doigts fins comme des pommes allumettes composer le 55425 (numéro interne de Patrick Touret). Kévin avait le regard figé sur ses ongles, plus précisément sur son vernis Maybelline rouge sang. Pas de doute, mademoiselle s’était rongé les ongles.

 

- Oui monsieur Touret, j’ai monsieur euh…Munster…heim qui vous demande…je vous l’envoie ?...vous le réceptionnez devant la machine à café ?...je vous l’expédie directement au troisième étage ?...d’accord…ok…ça marche…mais j’ vous en prie monsieur ! Au revoir !

 

Kevin semblait outré, par le fait que l’on puisse parler de lui comme d’un vulgaire colis postal. Se sentant en terre étrangère, il opta pour la loi du silence.

 

- Très bien ! Veuillez patienter monsieur. Il arrive ! dit-elle, sourire blanchi.

 

Kévin opina, et se rangea sur le « bas côté », entre la plante et les ascenseurs.

 

Dix minutes passèrent, et Kévin avait déjà eu droit à trente-huit accélérations cardiaques, trente-huit frissons, dues à trente-huit ouvertures d’ascenseurs. Usé par cette patience excessive, il décida de « prendre le taureau par les cornes ».

 

- Encore vous ? lui lança l’hôtesse, souriante.

- Je…je crois qu’il m’a oublié, lui dit Kévin, le sourire coincé.

- Attendez, je vais le rappeler.

 

Elle composa de nouveau le 55425.

- Oui monsieur Touret, j’ai monsieur euh…Munsterheim qui vous attend…ah oui ?...ah bon ?...ah d’accord !...j’ vous en prie, monsieur.

 

Kevin était déjà content, mais son sourire juvénile s’effaça en une fraction de seconde.

 

- Il vous attendait en haut, dans son bureau, lui dit l’hôtesse, gênée par sa bêtise. Eh bien, c’est au quatrième étage Ouest, dit-elle, en regardant sa montre. Vous prenez l’ascenseur de derrière, ensuite, vous prenez par l’Est. Vous traverserez une passerelle. Ensuite, vous allez tout droit et vous reprenez…sur votre droite, ajouta t-elle, en regardant son bracelet scoubidou. C’est tout de suite à gauche, derrière la machine à café, vous verrez…c’est le bureau O453 !

- Merci. Vous n’auriez pas un Plan Net, par hasard ?

 

L’hôtesse se mit à sourire.

 

- Ah nan, désolé ! répondit-elle, prolongeant l’ironie. Bon courage à vous ! ajouta t-elle.

- Bonne journée, lui répondit Kévin, prêt pour l’aventure.

 

Arrivé devant l’ascenseur, Kévin tentait, tant bien que mal, de se rappeler des indications douteuses de l’hôtesse…

 

- Alors, elle a dit à gauche…ensuite une passerelle, après tout droit…punaise, c’est « la carte aux trésors » ou quoi ? J’suis sûr qu’elle sait même pas où c’est ! marmonna t-il.

 

Une fois arrivé au quatrième, Kévin commença son jeu de piste. Il prit la bonne initiative de se repérer par rapport aux chiffres et aux lettres, mais eut le grand malheur de se trouver dans le mauvais sens. Comprenant qu’il commençait à se perdre, il prit l’initiative de demander son chemin aux autochtones errant dans les couloirs.

 

- Euh…bonjour !

- Bonjour mon garçon, lui répondit, perche à la main, un homme au ventre grossi par la bière à huit degrés.

- Je cherche le bureau de Patrick Touret, le présentateur, lui demanda Kévin, avec la même timidité envahissante.

- ‘sais pas qui c’est ! répondit-il, sèchement.

- C’est le bureau O453…

- Ah oui ! s’exclama t-il, comme si la lumière fut.

- C’est de l’autre côté, à gauche de la passerelle, s’incrusta une femme, vêtue comme une secrétaire à mille euros brut par mois.

Tu la vois la passerelle ? lui demanda t-elle.

- Ah oui ! s’exclama Kévin à son tour, comme s’il venait de toucher terre.

 

Après avoir traversé la passerelle, et s’être déporté vers la gauche, Kévin fut manifestement heureux de se trouver enfin sur la bonne voie.

Cette fois, il décida de scruter les numéros des bureaux, avec une attention toute particulière.

 

- Alors…O451…O452…les chiottes…O454 ! C’est pas possible ! s’offusqua t-il.

 

Kévin entra logiquement dans le bureau 454, et demanda logiquement où se trouvait le 453.

Une jeune et jolie femme, blonde, après lui avoir logiquement demandé « c’est à quel sujet ? », lui fit signe d’aller en face, vers une grande porte en merisier, visible depuis l’ascenseur. En se retournant, Kévin eut la satisfaction de savoir qu’il y était enfin.

 

- Hé ben dis donc !

 

La main tremblante, Kévin s’empressa de frapper à la porte. Un jeune homme, grand, mince, cheveux courts, muscles made in « salle de gym proche de chez moi » ouvrit suavement la porte. Patrick Touret, himself.

 

- Bonjour.

- Euh…bonjour…j’ai rendez-vous avec vous…lui dit Kévin, étouffé par le trac.

- Très bien. Vous êtes ?

- Euh…je suis…je suis Kévin Munsterheim. Je…je viens pour un stage, lui répondit-il, avec une voix presque nasillarde, type Plastic Bertrand.

- Ah oui ! J’vous attendais depuis un bon moment maintenant.

 

Patrick regarda sa montre. Il était dix heures vingt.

 

- Oui je sais…c'est-à-dire que j’étais en bas et que…

- Entre, j’ t’en prie, lui dit Patrick, en l’interrompant.

 

Kévin entra. C’était une pièce assez grande, avec vue directe sur la Seine. Le bureau : Patrick Touret possédait un ordinateur, écran LCD vingt pouces, carte graphique dernier cri, processeur performant, pack clim, jantes alliage, ce qui attirait et attristait le regard de Kévin, pris d’une soudaine envie, pressante et oppressante. Les murs : Kévin fut intrigué par ces murs, d’un blanc sombre, tapissé d’affiches de films, donnant plus l’impression d’être dans le bureau de Dino de Laurentiis, que dans celui d’un présentateur de JT aux huit millions de téléspectateurs. Mais ce qui le stupéfia d’avantage, c’était de voir le poster du Marsupilami, cohabiter tranquillement avec le diplôme du « meilleur employé en charentaises ». Heureux qui comme Kévin, de constater que ces gens, si sérieux à la télévision, étaient capables d’avoir cet esprit décalé, presque enfantin.

 

Patrick prit place sur le sofa, posant ses pieds sur le pouf, qui lui était naturellement assorti. Une photo à cet instant, et on aurait facilement cru qu’il était le directeur des programmes.

 

- Alors Kévin ! Tu es à la fac, c’est ça ?

- Euh…j’ viens d’obtenir ma licence de cinéma.

- Et qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? lui demanda Patrick, en se penchant vers lui.

- Euh…journaliste…comme vous, lui répondit Kévin, hypnotisé.

- Ah bon ? Ben…tu sais, il faut faire une école pour ça. Ce n’est pas à la fac que l’on apprend le métier de journaliste, lui dit Patrick, décourageant.

- Euh…nan je m’ suis trompé. J’voudrais faire…euh…monteur !

- Ah, là c’est différent par contre. Tu sais, n’est pas monteur qui veut. C’est du boulot. Faut savoir quoi faire de tel ou tel plan, savoir orienter son reportage, bref, raconter une histoire. Oui, c’est ça ! Les monteurs sont des conteurs d’histoires ! lui balança Patrick, enflammé par les propos qu’il venait de tenir.

 

Kévin resta stoïque face un tel philosophe.

 

- Oui c’est vrai, monsieur, vous avez raison, lança Kevin, avec hésitation.

- Nan mais sans déconner ! C’est ça le métier de monteur. Et toi c’est quoi pour toi le métier le monteur ? lui demanda Patrick, dont les yeux clairs restaient collés à ceux de Kévin.

- Ben c’est des images, que l’on sélectionne, et que l’on prend selon la pertinence de l’image, et…

- Mouais nan c’est pas vraiment ça, balança Patrick en l’interrompant, mi-déçu par la réponse de Kévin. De toute façon t’es là pour apprendre, ajouta t-il, avec un haussement d’épaule.

- Oui, c’est vrai.

- Ok…Ok, Kévin. Donc, c’est quoi la télévision pour toi ?

- Euh…c’est une petite lucarne…une grande fenêtre, qui a pour but de… de nous informer, et de nous faire rêver, même si c’est pas toujours cool de payer la redevance ! dit-il, l’air moqueur. Il avait vu le philosophe Touret faire son show auparavant.

- Ah bon ? lui dit Patrick, étonné. J’ai cru que tu allais me dire que ce sont des gens qui ne pensent qu’à s’ faire du fric ! ajouta t-il, en s’esclaffant.

 

Soudain, le téléphone de bureau se mit à sonner. Patrick s’empressa de décrocher.

 

- Allo ? Oui…oui…ah bon déjà ?...Vous avez besoin de moi ?...ben ok j’arrive !...à tout de suite.

 

Kévin lui lança un regard inquiet, comme un employé sur le point de se faire licencier.

 

- Conférence de rédaction ! Ca t’intéresse ? lui demanda Patrick.

- Oh oui ! Pourquoi pas ? Lui répondit Kévin.

- Bon ben c’est parti. Let’s go ! balança Patrick, dans un anglais à l’accent plus oriental qu’occidental…

 

Karim TOUNKARA, 2007.

Par Karim TOUNKARA - Publié dans : EXTRAITS DE ROMANS - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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