Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 22:58

Dès l’aérogare, j’ai senti le choc…Un gosse, au regard glauque, autochtone, hauts comme trois blocs, mangeant son Capitaine Choc, tranquillement, un glock dans sa poche gauche…

 

- Shocking ! m’exclamai-je, tel un nanti du Yorkshire. Propriétaire d’un yorkshire, adepte aux courses de chevaux, fidèles aux paddocks donc.

 

Mais tout le monde s’en moque. De quoi devenir fou, presque loque (un peu comme le capitaine Haddock, lorsqu’il était saoul…)

 

- Welcome to Newark ! s’exclama l’hôtesse, aussi blonde que Joan Van Ark, égérie des années quatre-vingt quatre (année des Jeux Olympiques).

 

A ses cotés un agent de sécurité, dreadlocks, mangeur de Big-Mac, foutu comme N’Tamack, beau gosse comme Roselmack…

 

Mais violent comme un Bismarck.

 

- Don’t exceed this mark ! m’avertit-il.

 

Je recule, et voilà que je trébuche…sur le vase en teck de mon ami Dvorak, originaire de New York (rencontré dans l’avion), que je reconnais grâce son anorak. Il m’affirme qu’il faisait froid sur le tarmac.

 

Et il avait bien raison…

 

- On se serait cru en Antarctique ! Me dit-il, visiblement encore sous le choc.

 

Je le trouvais vraiment sympa, ce Dvorak ! Il m’avoua, franchement, sans micmac/équivoque, qu’il souhaitait se rendre à Innsbruck, Autriche, pour y retrouver son amour, fille riche, qu’il croisa sur les bancs de Virginia Tech, le temps d’un printemps jugé platonique de sa part.

 

Il m’expliqua ensuite qu’il avait trouvé, pensait-il, la bonne technique pour la faire craquer…

 

Lui faire danser la Tektonik ? Pensai-je, avant de pouffer, seul.

 

Il comptait épouser sa dulcinée. Puis l’emmener en lune de miel, au bout du monde. Au Nunavik.

 

- C’est encore l’Amérique ! me dit-il.

- Un peu l’Arctique ! lui répondis-je, du tac au tac.

 

Il s’esclaffa. Mais c’était vrai. Rien qu’à voir cet agent de sécurité, qui me scrutait, mystérieux, comme dans un film de Kubrick. Menaçant, comme Vic Mackey.

 

A croire que tout n’est pas rose au pays de Mickey…

 

- Routine check, sir ! m’annonça t-il, m’invitant à vider mes pockets.

 

Là, tout y passe : mes chèques, mon fric…même mes tics/tiques. Grâce à son Iron Check, ultra sophistiqué.

 

C’est donc ça l’Amérique ? me demandai-je.

 

Rock and roll, sans le chic…

 

Y a comme un hic, à ma droite…un type à l’allure caduque, au souffle alambiqué, se trémousse dans tous les sens, semant la panique dans son entourage.

 

Quelle mouche l’a piqué ? me demandai-je, de nouveau.

 

Un type du Connecticut. Qui venait de se rendre compte qu’il avait laissé son billet de twenty bucks, au comptoir du Starbucks, juste derrière lui. Le serveur s’appelait Buck, aussi endormi que lui, d’ailleurs. Blond comme Beck, le talent en moins. Mangeur de rumsteck, gros redneck, adorateur de Rumsfeld.

 

- I will break your neck, you little prick ! Gimme my twenty bucks now ! entendis-je.

 

Comique. Tragique. Comitragique.

 

Puis mon vol fut annoncé, en même temps que celui de Bangkok. Je quittai donc cet aéroport, in the nick of time, car l’ambiance y devenait vraiment malsaine. Toxique, comme de l’arsenic.

 

- Tu viendras à mon mariage, ok ? me demanda Dvorak, toujours avec son anorak, comme ultime requête.

- Okie dokie pokie ! lui répondis-je, en guise d’ultime coup de poker/Jarnac, comprenez une promesse que je ne pus tenir…

 

Dix-sept heures vingt quatre. J’embarque. Je débarque sur le tarmac.

 

KARIM TOUNKARA

Par Karim TOUNKARA - Publié dans : LE QUOTIDIEN - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 22:57

2009 annus post tumultus

 

Regarde. Regarde, tout n’est que désolation à présent. Les champs d’espoir ont laissé peu à peu la place aux champs dolents, de ruines, laissant un paysage amorphe et chaotique. Les montagnes ne sont que volcans, tandis que les vallées ne sont que sécheresse, territoires secs, arides, et sinueux.

 

Regarde le soleil, timide, qui n’ose plus briller comme il en avait l’habitude. Il empêche le ciel d’être bleu, de lui donner cet aspect que nous trouvions réjouissant, pour nos yeux comme pour nos esprits…

 

Tout n’est que fadeur, grisaille, et tristesse à présent.

 

Le kraken, le monstre du Loch Ness, fruit de mes peurs et de mes craintes à présent estompées. Les sirènes, sorte d’invitation implicite à l’amour ne seront plus désormais, sur cette terre, devenue mythique après tout ce chaos.

 

Tout n’est qu’amertume, remords et regrets, puis réminiscence, lorsque viennent à moi l’image de ces pictogrammes. Que décrivaient-ils ? Je ne sais pas. Seules quelques bribes me reviennent constamment, comme une sorte de rituel, chose incompréhensible à laquelle mon âme n’avait jamais pu s’y plier. Comme cet étrange objet de couleur blanche, suspendu dans le vide, près d’une silhouette à caractère humaine, dispersé là comme un mystérieux hiéroglyphe. Ou encore ces chiffres et ces lettres, dispersées comme un code, sorte de missive indéchiffrable, aux yeux du commun des mortels…

 

Annonçaient-ils l’apocalypse ? Etaient-ils des signes d’avertissement ? D’asservissement ?


KARIM TOUNKARA

Par Karim TOUNKARA - Publié dans : LE TEMPS - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 22:56

  Suis-moi et tu verras… En ce lieu, pays de Cocagne, inspiré par nos âmes, nos promesses. Nos rêves secrets.

 

Car la vie de la ville nous semblait peu à peu monotone, trop bruyante pour nos sonotones. Trop stressante pour que l’on en raisonne.

 

Accepte-donc ce que mon imagination te donne : une place lointaine, où nous serons seuls, toi et moi, pour savourer les derniers murmures d’un amour vieillissant…

 

C’est un endroit qui nous ressemble, fleuri, verdâtre, là où le temps n’a plus d’importance. Où le soleil s’avance comme une romance, donnant de l’éclat aux hortensias. L’odeur des lilas nous transportera, celle des camélias nous enivrera, d’un bonheur méconnu, puis d’une candeur absolue.

 

Je t’y vois déjà, bondissante, heureuse, exécutant des pas de danse étranges, bizarres.

 

Car tu es heureuse.

 

Le narcisse me rend Narcisse ; La pâquerette te rend si coquette. Je te redécouvre catherinette, avec ce même regard, celui qui croisa le mien sur ce quai, métro Corvisart. Tu m’avais offert ta beauté comme une rose, un baiser enflammé. A ce moment, je ne pensais pas que l’amour nous emporterait si loin, jusque dans ce paysage, sans horizon. Sans pluie, pour venir t’inonder de soucis. Sans eaux, pour venir noyer ta joie…

 

Là où je te découvre naïade, sirène. Puis fade. Lorsque je pense à ce que la vie ne nous rendra plus : la jeunesse. La vraie, gage d’allégresse, d’insouciance. Celle de nos vingt ans, celle qui nous disait que nous étions immortels, intemporels, voire éternels.

 

Le vent des passions passa, puis traça son chemin.

 

Nous voilà tous deux, à présent, loin, dans ce dernier bastion. Celui où les cieux ont des allures de gerbe, teinté de mauvaises herbes, qui peu à peu prennent le dessus, avec haine.

 

Peu à peu se fait entendre le son du requiem.

KARIM TOUNKARA

Par Karim TOUNKARA - Publié dans : LE TEMPS - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 22:55

  Ainsi s’échappent nos souvenirs, fuyant, voguant vers l’inconnu. Que pouvons-nous faire de plus, si ce n’est les regarder, au loin, comme de grandes cartes postales, réelles, vivantes, mettant en lumière nos images les plus précieuses.

 

Dans ce paysage maritime, dans cette grisaille, je crois te reconnaitre, lancinante, de tout cet amour que nous nous sommes tant donnés, et qui sut perdurer, imperturbable dans sa course contre le temps. Le vent caressait tes cheveux, les élançaient vers le ciel et te donnaient ces airs de nymphe, dont le regard puissant me captivait, m’apprivoisait à chaque instant. Le mouvement saccadé des parapluies, étaient là pour y ajouter quelque fantaisie. Eux aussi rêvassaient en secret de s’envoler, pour un ailleurs dont l’imagination me manquerait pour en décrire les particularités.

 

Tu te réfugiais dans mes bras, comme pour rassurer tes craintes et tes inquiétudes, exorciser tes pessimismes les plus profonds, comme l’idée que je puisse te quitter un jour. Et moi de te regarder, avec cet air attendri, protecteur, qui avait le don de te rendre heureuse, et de t’apaiser quelque part.

 

Nous voilà aujourd’hui, au faîte de l’âge et des sentiments, sur ce pont, voyant arriver au loin le bateau qui nous emmènera, loin de cet univers et de nos plaisirs confectionnés, qui nous avaient tant permis de traverser cette douce vie, sans encombres, sans artifices. Et tous ces instants, qui désormais ne nous appartiendront plus, à présent perdus, confondus dans les limbes de ce qu’on appelle l’éternité. 

 

Nos souvenirs volés.

 

KARIM TOUNKARA

Par Karim TOUNKARA - Publié dans : LE TEMPS - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 22:55

J’en faisais parfois le rêve…De cet ailleurs, qui m’emmènerait loin, si loin de mon Eure, où l’heure et les secondes n’auraient plus de sens à mes yeux. Reléguant au second rang ces idées mal placées de temps, qui me semblaient si précieuses, saugrenues, dictant ma vie, une déconvenue, en y maintenant le fil de mon existence, et ses imprévus.

 

L’idée d’un exotisme du néant me paraissait exiguë au départ. Une chose extraordinaire, impossible dans mon esprit… Peut-être une plage abandonnée, le temps d’un week-end, à Zuydcoote, sans coquillages ni crustacés, jalonnée de choses exagérées. Des femmes exsangues, excentriques, au corps élastique, déambulant à travers les dunes, cherchant un chemin, un sens à ce vide, aride mais si profond.

 

- Bienvenue au bout du monde ! Me dit l’une d’elles, blonde comme le sable, fine comme me semble la lune à son premier croissant. Car elle ne m’illuminait que si peu, cette reine des sables… Je n’étais guère impressionné par son visage fade qui, discrètement lui offrait des airs de guerrière, défaite, étrange amazone au faîte de sa perte.

 

- Suis-je aux confins des sens ? Lui demandais-je, perplexe. Elle me regarda, de son regard obscur et si mystérieux, si miséreux. Futile fut-il un instant.

 

- Tu y es parvenu ! Me dit-elle, avec un sourire, avant d’examiner ma main, puis de la prendre, m’entraînant avec elle vers l’extrême de mon existence.

 

C’était une colline, quoi de plus naturel en somme, rien d’exceptionnel en soi. Avec des hommes qui m’étaient semblables, marchant vers l’horizon, perdus, sans doute en quête d’une quelconque quiétude, admirant le couchant. Regrettant l’obscurité, celle qui les détournera à jamais, les laissant sans repères, déroutés. Rompu aux épreuves d’une vie expurgée, sans saveur.

 

« L’ailleurs est ici, le néant est infranchissable», pensais-je, résolu, tout en admirant la beauté de l’horizon…

 

KARIM TOUNKARA

Par Karim TOUNKARA - Publié dans : LE TEMPS - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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